Les systèmes de défense et d'agression des coraux

   La lutte pour l’espace est un des facteurs les plus importants de la limitation des espèces.

   C’est pour cela que les coraux ont mis au point des stratégies destinées à défendre leur territoire vital et à coloniser de nouveaux espaces.

   Trois systèmes principaux sont utilisés par ces invertébrés pour établir leur territoire : 

  • la rapidité de développement qui permet de surplomber les autres organismes (coraux, éponges, algues, gorgones, anémones) et de bénéficier au mieux de la lumière et des flux de matière.
  • des structures agressives physiques
  • des défenses chimiques: certains sont capables de synthétiser des substances toxiques dans l’eau.

1. Les coraux mous

1.1 Les défenses chimiques

   La production de substances chimiques par une espèce pour inhiber la croissance d’une autre espèce est appelée alléopathie ou amensalisme.

   Les Octocoralliaires sont capables de synthétiser une grande variété de molécules qui jouent un rôle important dans la lutte pour l’espace, contre l’envahissement par les algues, pour la défense face aux prédateurs (répulsion alimentaire) et dans l’augmentation de la prolificité (Sammarco, 1996 ; d’après Sprung et Delbeeck, 1999).

   L’arsenal chimique » des coraux mous est variable et propre à chaque espèce.

   Les principales « familles » de molécules incriminées sont :

- les sarcophines

- les terpénoïdes

- les diterpénoïdes

   Ces molécules sont capables de se combiner entre elles et ainsi d’avoir une action synergique.

   Leur action est également spécifique de certains coraux et de certains prédateurs.

   Une étude a montré que Silunaria flexibilis et Lobophytum hedleyi peuvent inhiber la croissance et entraîner la nécrose des Scléractiniaires environnants (Aceret et al, 1995).

   Des analyses chimiques ont montré que ces coraux mous étaient capables de synthétiser plusieurs types de diterpènes.

   Ces différentes molécules entrainent une baisse de l’activité des polypes chez Acropora formosa et Porites cylindrica.

   Elles causent l’expulsion de zooxanthelles vivantes qui sont responsables de la fixation du carbone, via la photosynthèse et entraînent un relargage de nématocystes nécessaires à la capture de proies (Aceret et al, 1995).

1.2 Les défenses physiques

   Certains coraux mous comme Sarcophyton sp, Lobophytum sp sont capables de synthétiser un film cireux qu’ils exfolient pèriodiquement ; ce phénomène s’accompagne parfois d’une desquamation de l’ectoderme. Il permet à ces coraux de se débarrasser des algues et de relarguer leur carbone en excès (Coll et al, 1987 ; d’après Sprung et Delbeeckk, 1999).

   Pour lutter contre les prédateurs, les Octocoralliaires, en plus de l’usage d’antiappétants et de toxiques, disposent de spicules calcaires et de leur aptitude à rétracter leurs polypes.

   La taille et le nombre des spicules varient selon la zone de la colonie ; ainsi certaines parties sont plus exposées à la prédation. Par exemple chez Silunaria sp, les sclérites sont généralement plus grands et plus nombreux à la base qu’aux extrémités des rameaux qui ont donc une probabilité plus grande d’être mangés par les poissons (Sprung et Delbeeck, 1999).

   La forme et la taille de sclérites sont variables selon les espèces et donc plus ou moins efficace pour assurer une défense physique.

   Remarque : Chez les coraux qui sont non rétractables et/ou qui possèdent peu de sclérites (Anthelia sp, Xenia sp), les substances chimiques sont plus abondantes.

2. Les coraux durs

2.1 Les filaments mésentériques

   Ce sont des organes qui ont habituellement un rôle dans l’alimentation en favorisant la digestion ; ils peuvent cependant être utilisés dans un but agressif.

   Quand deux coraux durs entrent en contact, l’un d’entre eux (l’agresseur) a la possibilité de faire jaillir, par sa bouche ou au travers de son corps, des filaments mésentériques. A leur contact, les tissus de la victime sont digérés et laissent alors apparaître le squelette nu. La zone mise à nue devient disponible et peut alors être colonisée par l’agresseur ou bien par des organismes encroûtants qui créent une zone « tampon » entre les deux individus (Huston, 1985 ; d’après Delbeeck et Sprung, 1999).

   Dans la plupart des cas, des coraux de même espèce ou de même genre ne s’agressent pas.

   Les filaments mésentériques sont également utilisés pour débarrasser le substrat environnant des microalgues à la base des colonies et au niveau des points de contact de jeunes pousses avec le substrat.

2.2 Les tentacules répulsifs

   Leur développement fait suite, la plupart du temps, à un contact avec un autre individu.

   Certaines espèces sont capables d’en disposer en permanence ; c’est le cas de Galaxea sp.

   Ces organes sont plus longs et plus minces que les tentacules normaux. On note également une proportion beaucoup plus importante de cellules urticantes (cnidoblastes). Ils restent localisés et n’apparaissent qu’au niveau de la partie du corail en contact avec un agresseur.

   Ce mode de défense et d’attaque est très présent chez les genres Galaxea, Euphyllia, Catalaphyllia, Caulastrea, Goniastrea, Platygyra et Plerogyra.

2.3 La croissance

   La stratégie est simple : le corail doit surpasser son adversaire en vitesse de croissance afin de le dominer dans l’interception de la lumière.

   Les espèces à colonies massives, comme les Porites et les Favidés, ont une croissance lente et sont les plus rapidement surpassées.

   Pour combler cette lacune, elles présentent l’avantage de ne pas être facilement endommagées par les tempêtes et par les organismes perforants qui détruisent facilement les coraux à croissance rapide, comme le genre Acropora.

   Les systèmes de défense et d’agression permettent aux coraux de conserver leur espace vital, voir de conquérir de nouveaux horizons.

   Les stratégies utilisées font appel à des mécanismes physiques et chimiques qui diffèrent selon les groupes de coraux.

   Chez les coraux mous, l’alléopathie (production d’une substance chimique par une espèce pour inhiber la croissance d’une autre espèce) est un moyen de défense très utilisé qui permet de ralentir la croissance des coraux environnants mais aussi de lutter contre les prédateurs.

   Certains coraux mous utilisent également l’exfoliation d’un film cireux pour se débarrasser des algues et autres organismes encroûtants, d’autres disposent de spicules calcaires pour dissuader les prédateurs.

   Chez les coraux durs, la stratégie est différente, ils utilisent trois procédés principaux : l’expulsion de filaments mésentériques, le développement de tentacules répulsifs et la croissance pour surplomber les autres espèces.

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